11 Jan

Vendre demain par … Antoine Dubuquoy

Diplômé de Neoma Business School. Après un parcours dans les médias (Groupe Expansion, Prisma Presse, Groupe Le Monde), il oriente son parcours vers le numérique. Consultant chez Image Sept, conseil en stratégie digitale et social media.

Auteur : Les Miscellanées d’Internet (Fetjaine, 2012), Twittus Politicus (Fetjaine, 2013), Steve Jobs figure mythique (Les belles lettres, 2014).

Participation à l’ouvrage collectif Web 2.0, 15 ans déjà et après? 7 pistes pour réenchanter Internet.

Animateur d’un magazine musical en ligne www.dubucsblog.com.


Quel sera le monde d’après ? Une vision angélique, celle à laquelle nous aspirons tous et sur laquelle il a déjà été beaucoup écrit, notamment pendant le premier confinement, le décrit comme un monde idéalisé où l’Homme a renoncé à ses penchants naturels pour la possession, l’avidité, la surconsommation et a décidé de vivre en harmonie avec son prochain dans la douce béatitude d’une planète apaisée et bienveillante.

Sans tomber dans un pessimisme démesuré, j’adhèrerais plutôt à la vision Houellebecquienne d’un monde d’après identique à celui dans lequel nous vivons, en pire. La seule question restant à déterminer étant le niveau de « pire » et où nous plaçons les curseurs dans la course à la vision dystopique ?

Bien sûr, on ne peut qu’adhérer à la vision d’un monde décarboné, où l’on accepte à nouveau la lenteur, où les énergies fossiles ont été mises au rancart, où l’on consomme des produits de première nécessité respectueux à 100% de l’environnement et de la biodiversité. Mais à quel prix ? Au prix d’une dictature hygiéniste ? Au prix de contraintes décidées en haut lieu par quelques édiles ayant décidé une fois pour toutes de ce qui était bon pour nous ?

Nous sommes partagés entre l’envie d’un monde meilleur et ce qu’il faudra endurer pour y parvenir. Nous subissons régulièrement le discours des vendeurs de solutions miracles, qui ont beaucoup donné à lire et à entendre ces derniers mois, sympathiques prophètes du « yakafaukon », un rien cyniques, vendeurs de vent et pratiquant ce que nous pourrions qualifier de bullshit marketing. Ils nous proposent une vision aussi artificielle et fausse que celle vendue par les thuriféraires de la startup nation. La chose n’est pas neuve. Selon la légende, il se dit que pendant la Ruée vers l’or, seuls les vendeurs de tamis, de battées et tout le matériel permettant aux chercheurs d’or de courir après leurs rêves de fortune ont gagné correctement leur vie.

Essayons avant tout de faire preuve de lucidité. Les vendeurs de rêve ont meilleure presse que les pessimistes. En effet, les Cassandre n’ont jamais été entendues. Les prophètes de malheur sont exclus de la Cité. On tue toujours le messager. Et comme le chantait un poète du milieu du 20ème siècle, le premier qui dit la vérité devra être exécuté.

Partant de ce postulat, la voie est toujours celle de la ligne de crête. Extrémistes de la cause environnementale et partisans de l’immobilisme sont tout autant dans l’erreur. Les uns parce qu’ils pensent que la réforme doit passer par la contrainte. On a vu les effets psychologiques du « quoi qu’il en coûte » et l’Histoire regorge de témoignages de ces tentatives de créer ex-nihilo un Homme nouveau ou d’imposer de nouveaux comportements… Les autres, ceux pour qui rien ne doit bouger s’enferment dans le déni de réalité. Avec autant d’aveuglement idéologique que les premiers.

La vérité est entre les deux, elle doit compter sur le pragmatisme et la capacité d’adaptation de chacun, à condition que les lignes directrices, ou les grandes orientations soient claires. Ce qui, on a pu le constater, est rarement le cas. Les gouvernants semblent naviguer totalement à vue. Il est bien sûr tentant, pour marquer les esprits, de vouloir laver plus blanc que blanc, de se faire passer pour un pur, être plus vert que vert. À ce compte, le temps des autodafés n’est jamais très loin. Et l’Inquisition se chargera de séparer le bon grain de l’ivraie.

Il faut être avant tout très pragmatique en cette période. Les entreprises, TPE, PME le savent. Elles ont pris la mesure des aides gouvernementales. Les PGE sont garantis par l’État certes, mais ils demeurent avant tout des prêts, il n’y a pas d’argent magique, il faudra rembourser un jour. Il y aura des charges incompressibles. Il y a des activités qui ne peuvent être digitalisées. Il y a des business qui ne peuvent passer en mode 2.0, 3.0 ou 4.0 (peu importe la numérotation), mais le peuvent-ils tous ?

Il y fort à parier que la crise passée, les affaires reprennent comme si de rien n’était, les Français ont la mémoire courte, la résilience collective permettant une sorte d’amnésie. Il y a fort à parier que pour des raisons budgétaires, une fois la crise passée, les autorités, au nom d’arguments budgétaires, reviennent sur leurs engagements. Après tout, comme on l’a répété après la Première Guerre Mondiale, l’Allemagne paiera. Un mantra qui a vu ses limites en juin 1940. On peut craindre que les grandes leçons de l’Histoire n’aient pas été retenues. Et que se reproduisent ad libitum les mêmes erreurs sur fond d’accélération du temps du fait de la digitalisation du monde.