23 Nov

La Résilience au Secours des Entreprises ?

Hervé Kabla est chef d’entreprise, conférencier et auteur de livres professionnels sur les transformations induites par le digital ; dernier livre paru Le confinement expliqué à mon boss ; CV plus complet ici.

Popularisé en France ces dernières années par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, le terme de « résilience » n’est pas un néologisme. C’est d’abord un terme introduit en physique des matériaux, par des scientifiques anglais du 19ème siècle, afin de qualifier la capacité de certains bois de construction, capables de retrouver leur forme originelle après déformation.

Mais c’est au début des années 1970 que ce terme trouve un nouvel usage, principalement outre-Atlantique, dans un contexte plus large, adapté aux sciences sociales et dans le cadre de recherches sur la capacité des individus ayant connu des stress importants (catastrophes, famines, deuils, divorces) à retrouver une dynamique propre et à surpasser les épreuves traversées. C’est à peu près à la même époque que Boris Cyrulnik adopte ce même mot en évoquant le destin des rescapés de la Shoah qui, comme lui, ont réussi à vivre malgré le traumatisme initial.

La période que nous traversons depuis le début de l’année 2020 n’a, fort heureusement, rien à voir avec les tragiques événements qui ont endeuillé le monde au siècle dernier. Mais le traumatisme économique consécutif aux plus de trois mois de confinement que nous avons vécus, est d’un ordre similaire à celui qui a suivi les grandes crises économiques des cent dernières années. La crise de 1929, comme celle de 2008 ou de 1987, a provoqué un déluge de faillites, un effondrement de la croissance, une récession dont les séquelles ont perduré de nombreuses années. Il est fort probable que le ralentissement provoqué par la mise à l’arrêt de nombreux secteurs de l’économie provoquera des conséquences aussi durables.

Il n’y a qu’à ouvrir les pages d’un journal économique pour s’en rendre compte. Tourisme et restauration sont à l’arrêt, tout comme une partie de la production industrielle dans les secteurs qui pourvoient ces industries en moyens de transports ou en produits de consommation. Presque partout, les grandes entreprises ont mis leur production à l’arrêt, provoquant une cascade de cessation d’activité, chez leurs sous-traitants. Les répercussions touchent tous les domaines, tous les métiers ou presque. Il n’y a que dans la santé et l’éducation que le niveau d’activité a été maintenu, voire amplifié, dans les hôpitaux et les cliniques.

Pourtant, il faudra bien redémarrer, retrouver si ce n’est une activité normale, du moins le chemin vers le retour à la normale. Cela ne se fera sans doute pas si facilement. La vaste campagne de vaccination qui aura lieu dans les prochains mois ne signifiera pas pour autant que tout redémarrera à l’identique. La fonction de Heaviside  qui passe de 0 à 1 en un clin d’œil est utile pour modéliser des phénomènes, mais s’applique difficilement à la réalité. Le traumatisme de ces derniers mois est trop profond pour que tout reparte simplement.

C’est là où le principe de résilience peut être utile. Son principe est simple : c’est en puisant dans le passé, dans les valeurs communes, dans l’histoire, dans les souvenirs, les bons moments, que l’on trouve les ressources pour affronter les épreuves du présent. Les entreprises qui ont déjà travaillé sur ces aspects disposent d’un avantage sur les autres. Avoir su développer des valeurs, donner du sens à ses activités, s’être engagé sur la voie d’une entreprise à mission, cela permet de considérer la crise actuelle comme une parenthèse plus ou moins facile à fermer. Un événement difficile, mais surmontable ; Un caillou un peu plus gros que les autres sur le chemin de la destinée.

À l’inverse, celles qui ont omis de travailler ces aspects se trouveront plus mal pourvues. Avoir passé quelques semaines au chômage partiel, ou en télétravail, incite les salariés à repenser leur rapport au travail, à leur entreprise. Pourquoi continuer à s’investir pour un projet qui ne tient pas debout ? Pourquoi reprendre le train-train quotidien, quand on a vu s’effondrer la logique du métro-boulot-dodo, des réunions dépourvues de sens, du management approximatif ou des projets qui n’ont d’autre objectif que de créer de la valeur actionnariale, au détriment de la valeur sociétale ?

Le terme de RSE est devenu à la mode ces dernières années. Au sens premier de Responsabilité Sociétale et Environnementale, il va falloir lui associer un second sens : Résilience au Secours des Entreprises. Tout un programme …