16 Jan

Las Vegas, les start-ups et les casinos

Tout le monde a vu le graphique qui est en vignette de notre illustration et qui circule sur le Net. Il est de ceux qui font chaud au cœur au pays de Nicolas Chauvin ! A quelque chose près, la barre France est égale à celle des Etats-Unis et loin, très loin devant le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Allemagne. Pas si fréquent et le coq gaulois est là pour nous le rappeler.

De quoi s’agit-il ? Du nombre de start-ups qui exposent au CES de Las Vegas cette semaine. Sachant que les start-ups sont par essence des sociétés innovantes, ce diagramme semble montrer que nous sommes très en avance sur les autres pays, notamment européens.

Et puis étant français, le lecteur retrouvera son esprit critique et notre « doute philosophique » national. Les pays cités sont peu connus pour être des arriérés sur le plan de l’innovation. Certains, comme la Chine, investissent 10% de leur PIB dans la R&D. Idem pour les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Essayons d’objectiver ce sentiment en recherchant une métrique commune à tous ces pays et qui soit plus intemporelle. Un bon candidat est le nombre de brevets déposés.

Le graphique obtenu en le corrélant avec le précédent est celui -ci (1):

Le dépôt de brevet est critiquable comme mesure de la capacité d’un pays à innover mais il est objectif et universel car il s’agit du même processus pour tous les pays industrialisés notamment ceux qui font l’objet de la comparaison. Critiquable comme peut l’être le classement de Shanghai pour les établissements d’enseignements supérieurs qui a montré que la France n’est pas là où ses dirigeants pensaient qu’elle était. Et a amené de nombreuses écoles françaises à rechercher des regroupements.

Le graphique est riche d’enseignements : la majeure partie des pays ont une présence en rapport avec leur nombre de brevets : Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni, Canada sont dans ce cas ; les autres, Allemagne, Etats-Unis et Corée du Sud ayant une sous-représentation « Las Vegas » de ce que sont leurs capacités d’innovation. Un peu de bon sens permet de le comprendre pour l’Allemagne qui, à l’évidence, a plus de 17 start-ups à montrer !

Et puis il y a la Chine ! Bien que nous soyons habitués à une multitude produits « made in China » plus ou moins de bonne facture et qu’elle ne s’en cache pas vraiment, il semble que ce pays ait fait sienne le célèbre adage : « vivons heureux, vivons caché » en matière d’innovation. Remarquons que la Chine a déposé deux fois plus de brevets que les Etats-Unis en 2016, ratio en très forte croissance, alors que culturellement, le respect de la propriété intellectuelle est relativement nouveau en Chine.

La France se distingue : elle montre beaucoup mais y-a-t-il quelque chose à voir ? La vraie question est bien celle-là, celle du business ! Et là, les problèmes sont plus complexes à résoudre que ceux liés à une belle opération de communication.

L’équipe PremièresVentes s’est construite autour de ce constat : 9 start-ups sur 10 échouent sachant que les deux premières causes de ces échecs sont :

  • Cause n° 1 : Le produit est mal positionné.
  • Cause n° 2 : Parce qu’il n’y a pas encore de ventes !

(http://premieresventes.fr/le-marche-des-start-ups/).

Neuf échecs sur dix, même si le risque fait partie de cette activité, doit inviter à la réflexion. Ce ratio n’est pas spécifiquement français mais nous le constatons très régulièrement dans nos démarches : trop de produits qui en fait n’en sont pas ; des certitudes sur les stratégies commerciales qui reposent sur des « idées », sans réelle confrontation avec la réalité, et souvent une méconnaissance des clients à cibler et de leurs raisons d’achat.

En parallèle, nous assistons depuis plusieurs mois à une débauche de communication : les logos sont magnifiques, les baselines sexy… bien qu’on ne sache pas à qui ils sont destinés. Lors de la conférence de l’ADETEM sur les relations entre start-ups et grands groupes (2), la Directrice d’une agence de communication expliquait que nombre de ses missions avec des start-ups démarraient en fait par … des prestations de marketing !

Ne gâchons pas notre plaisir : c’est très bien qu’autant de jeunes sociétés aient pu s’exposer à l’échelle internationale, ce qui n’est pas si fréquent pour des français (cf. notre balance commerciale). Mais une fois passé le casino et les paillettes, il restera toujours quatre bonnes questions à se poser : quel est le produit vendu, à qui, pourquoi et comment ?

En gros, faire des affaires et pas simplement de la communication. Bonne nouvelle, l’équipe PremièresVentes peut aider à trouver la réponse. De ce point de vue, Mme Nadia Pellifigue, vice-présidente de la région Occitanie, qui a largement subventionné l’opération « Las Vegas » indiquait dans le Monde de ce week-end (3) vouloir surveiller « le taux de conversion » des rendez-vous noués par les start-ups à Las Vegas. Excellente décision !

(1) Source Organisation mondiale de la propriété intellectuelle http://www.wipo.int/ipstats/en/statistics/country_profile/

IP Filings (Resident + Abroad, Including Regional) and Economy

(2) https://www.adetem.org/club-adetem-bfa/

(3) Le Monde daté du 14-15 janvier 2018, supplément Entreprises, article “Les régions françaises investissent Las Vegas” signé par Vincent Fagot.

 

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