08 Nov

Il n’y a pas que des licornes dans la vie

En 2013, 75% des licornes – ces startup valorisée à plus d’un milliard de dollars – étaient américaines ; aujourd’hui la part des Etats Unis a chuté à … 41% : descente aux Enfers ?

Une perte sèche de 34 points au profit des seuls Chinois : de ce gigantesque bras de fer mondial, les Français – et plus globalement les Européens – semblent bien exclus : le Vieux Continent pesait 25% en 2013, aujourd’hui il stagne à 23%, pas de quoi pavoiser !

Et surtout pour les Français qui ont du mal à en aligner 3 : Vente-Privée, Criteo et Blablacar ; leur valeur cumulée de 7,2 milliards de dollars les place bien loin du numéro 1 Uber, valorisé à 68 milliards de dollars – et même derrière les deux leaders européennes, la suédoise Spotify (8,5 milliards de dollars) et l’allemande Zalando (8,1 milliards de dollars).

On se console comme on peut en remarquant que les licornes européennes sont plus rentables que les américaines, que leur valorisation est plus réaliste, etc. ; mais la vraie question n’est-elle pas ailleurs : les licornes suffisent-elles à structurer l’économie d’un pays ?

Et à assurer le bien-être de ses citoyens ?

Bien sûr, tous les pays sont fiers de leurs entreprises successful : elles constituent des vecteurs d’image considérables, ce sont de formidables locomotives qui tirent le train des sociétés plus modestes.

Mais il n’y a pas que des patrons milliardaires, ou en passe de le devenir, en Californie : en fait, c’est aujourd’hui l’état américain qui compte aussi le plus de … SDF, parce que bien des salariés ne peuvent plus se payer des loyers prohibitifs.

Et si les GAFA offrent à leur employés bien des services, de la conciergerie au babyfoot et de la crèche aux salles de sport, les conditions de travail ne sont pour autant des plus agréables : pression gigantesque, stress permanent, horaires parfois déments, etc.

Tout le contraire de ce qui peut se passer dans des entreprises à taille humaine …

Surtout la courses au gigantisme ne constitue pas la réponse unique : dans l’ancien monde, la richesse d’un pays, d’un territoire ne reposait pas sur ses seules entreprises cotées en bourse, mais également sur son tissu de PME ; ainsi la région bisontine a-t-elle assez aisément encaissé la disparition du géant de l’horlogerie Lip à la  fin des années 77.

Certainement la France n’est pas obligée de coller à la roue des Américains et des Chinois : le petit monde du High Tech français peut certainement se structurer à partir de startups de tailles plus modestes – ce que dans la vieille économie on nommait donc PME et ETI.

Ce qui pourrait aussi leur permettre de conserver une forte créativité, car le gigantisme est rarement synonyme d’inventivité ; rien n’empêche à la France et à ses entrepreneurs de concevoir d’autres modèles que l’éternel modèle américain – ou sa variante chinoise, où l’état joue un rôle très contraignant.